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débats sur le négationnisme du génocide arménien

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L'autre "Pride" de ce 7 mai 2005

A l'ombre de l'architecture au style byzantin de l'église Sainte-Marie à Schaerbeek, près de 300 manifestants munis de drapeaux et turbans turcs ont participé à la "marche au respect du drapeau". Beaucoup de jeunes, de drapeaux et de chants à la gloire du drapeau turc se faisaient entendre sur la place de la Reine entrecoupés de passages de trams.

A l'origine, la marche turque se voulait une simple copie d'une représentation folklorique et culturelle, à l'image du défilé annuel du même type à New York ou de la Zinneke Parade à Bruxelles. Depuis l'année passée, une forte récupération nationaliste a permis de transformer la portée d'un tel événement pour en faire une marche purement politique et farouchement nationaliste.

L'année dernière, le mot d'ordre était "Prends ton drapeau et participe aussi - Rejette les affirmations de génocide" (sous-entendu "arménien"). Comme la manifestation prenait place le 29 mai 2004, soit à quelques jours du scrutin régional, une série de personnalités politiques et candidats PS, MR, CDH et Ecolo avaient paradé en tête de cortège. Depuis, la seule personnalité à avoir publiquement exprimé des regrets à ce sujet est l'écologiste namuroise Nermin Kumanova. Tous les autres, fidèles à l'agenda turc, campent sur leur position et préfèrent parler soit de "prétendu génocide arménien" (Emir Kir au PS, Sevket Temiz et Sait Köse au MR, Halis Kökten au CDH), soit de "génocide perpétré par les Arméniens contre les Turcs" (Mustafa Öztürk au MR).

Cette année, le mot d'ordre à nouveau politique était "respect au drapeau" en réponse à la nouvelle d'un drapeau turc brûlé lors des manifestations arméniennes le 24 avril dernier. Mais curieusement aujourd'hui, seuls des élus du MR (les échevins Sait Köse et Nezahat Namli, le conseiller communal Sevket Temiz, et l'ex-candidate Hatice Ciftci) et le conseiller communal anversois Ergün Top (CD&V) ont répondu à l'appel.

Un officier à la retraite prend la parole dans le mégaphone pour prononcer un discours fleuve sur le "complot impérialiste mondial contre la Turquie" avec l'aide de "ceux qui veulent creuser la tombe de la Turquie". Il précise également que "les Turcs ne sont l'ennemi d'aucun peuple, d'aucun drapeau, d'aucune culture" tout en appelant les "politiciens d'origine turque à ne pas baisser les bras pour témoigner leur amour au drapeau turc". L'échevin des Finances, Sait Köse (MR-FDF) souhaite brièvement "la bienvenue dans ce qu'on appelle le quartier turc de Schaerbeek". "C'est grâce à vos soutiens que nous sommes arrivés à ce niveau et c'est grâce à vos soutiens que nous pouvons mieux nous battre dans les structures internes de nos partis respectifs". Ce même élu belge avait déjà demandé le soutien des électeurs lors d'une affiche électorale pour planter "le drapeau une étape plus loin". Quel drapeau ? La réponse était évidente lors de cette manifestation.

Les organisateurs de la "plate-forme des Turcs de Belgique", sous la coupole de l'association de pensée ataturkiste de Belgique (BADD), distribuent un tract très engagé pour dénoncer "les homélies hostiles à la Turquie" qui auraient, d'après les sources ataturkistes, récemment "été lues lors des messes tenues dans toutes les églises européennes". Au passage, on notera que cette association qui se qualifie de gauche, et se fait volontiers passer comme telle dans ses relations avec des associations ou partis belges, prend position dans le tract sur le débat chypriote en faveur des positions nationalistes extrémistes et anti-européennes, rejetées par les électeurs, de l'ex-président Rauf Denktas, nationaliste de droite. Mais les "BADD boys" ont soutenu pendant des années Denktas, à la tête d'une coalition entre la droite et les Loups Gris, et tant sa défaite au référendum sur le "Plan Annan" que la victoire électorale de la gauche chypriote-turque ne semble pas pousser cette association proche du "Parti du Travail" turc (stalino-nationalisto-militariste) à une quelconque remise en cause...

Quand les homosexuels défilent à Bruxelles le même jour à Bruxelles, de nombreuses personnalités politiques non homosexuels participent à la gay Pride ou l'encouragent tout au long du parcours. Aux "marches turques" de 2004 et 2005, on ne retrouve pas un seul politicien belge autochtone, pas même un petit « dorps politicus » (politicien de village comme l’écrit la presse flamande) comme le bourgmestre Jean Demannez de Saint-Josse ou Willy Decourty d’Ixelles.

Cela ne devrait-il pas pousser à la réflexion les associations et élus turcs qui organisent ces manifestations empreintes de chauvinisme et sans aucune revendication positive concernant les Turcs de Belgique, pourtant confrontés aux mêmes discriminations que les autres personnes issues de l'immigration ?

Pas de doute sur les stratégies utilisées et les résultats à l’arrivée. Quand l’association turque EYAD et le Centre hellenique organisent conjointement avec succès les soirées annuelles gréco-turques dans un esprit de respect mutuel sincère, la participation des personnalités politiques belges de premier plan est une évidence. Quand les « BADD boys » et des personnalités d’extrême droite turque organisent conjointement des manifestations chauvinistes à forte connotation symbolique, l’absence des personnalités politiques devient également une autre évidence. En bref, si les associations turques se contentent d’organiser des activités avec d’autres associations d'autres minorités (Italiens, Marocains, Albanais, Arméniens, Assyriens, Kurdes, ...), elles n’auront plus besoin de défiler sous la pluie pour demander le respect au drapeau.

Mehmet Koksal

 


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