Pierre-Yves Lambert, La participation politique des allochtones en Belgique - Historique et situation bruxelloise, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant (coll. Sybidi Papers), juin 1999,  122p., ISBN 2-87209-555-1
avertissement: cette version en ligne ne correspond pas exactement à l'ouvrage publié en 1999, qui reste disponible chez l'éditeur Academia-Bruylant, de même que d'autres dans l'excellente collection Sybidi Papers, elle ne peut donc être utilisée pour les citations 

Sommaire -  Introduction -Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV - Chapitre V -  Conclusions - Sources

IV. 1. L'intégration au sein des partis

Les partis des pays d'origine

L'arrivée massive de fonctionnaires européens et d'autres personnes travaillant dans des organismes liés à la présence des institutions européennes à Bruxelles a profondément modifié la composition sociale et diminué l'implication dans la politique bruxelloise des sections bruxelloises des partis des pays membres de l’Union Européenne, encore très présentes dans les "luttes immigrées" il y a vingt ans (Objectif 82). Le droit de vote et d'éligibilité des ressortissants de l'UE aux élections communales de 2000 va peut-être modifier cette attitude: il est d’ores et déjà acquis que des membres de "partis-frères" européens figureront sur les listes de leurs homologues belges lors des prochaines élections communales, notamment en Wallonie, comme cela s'était déjà fait aux élections européennes de 1994.

Certains partis marocains, notamment l ’Union Socialiste des Forces Populaires et Ilal Amam (mouvement d'extrême-gauche interdit au Maroc), ont des sections en Belgique depuis au moins la fin des années soixante-dix, mais on dispose de peu d’informations à leur sujet, leurs activités étant quasiment clandestines tant par peur des autorités marocaines et de leurs services, très actifs en Belgique, que de la Sûreté de l'Etat belge, fortement soupçonnée de collusion avecson homologue marocaine. Les nationalistes algériens musulmans quant à eux étaient déjà présents et organisés en Belgique avant même l'indépendance de l'Algérie, certains y furent même assassinés ou enlevés par les services secrets français ou par l'Organisation de l'Armée Secrète (O.A.S.).

Le PS admet depuis quelques années l’adhésion automatique des membres résidant en Belgique des partis-frères européens membres du Parti Socialiste Européen et des représentants de ces partis siègent en tant que tels au sein d’instances internes au PS. La double affiliation automatique des membres de la Démocratie Chrétienne italienne avec le PSC existe également depuis plusieurs années. Le cas des membres des partis communistes italien (Rifondazione Communista) et espagnol (au sein d’Izquierda Unida) est assez différent dans la mesure où, surtout en région bruxelloise, ils comptent ensemble probablement plus de membres que leur homologue belge.

 

Partis et élections au Congo belge

"Bien qu'il ne fut pas permis aux partis de participer comme tels aux élections communales de 1957, les socialistes et les catholiques, par le truchement des syndicats et des cercles politiques, cherchèrent à favoriser les candidats qui avaient leur sympathie, mais les naïves illusions de ce paternalisme politique se dégonflèrent rapidement. (...) A partir du moment où il devint évident que le Congo se dirigeait vers un nouveau statut [où les Congolais devraient élire des représentants au sein de diveese assemblées], on vit les leaders de chaque parti belge brusquement conscients de leur paternel devoir de protéger les Congolais de la perdition dont l'horrible vision se profilait dans les programmes des autres partis." (Young 1965: 95)

Les partis belges

La plupart des partis ne limitent pas leur membership aux personnes de nationalité belge, et même l'extrême-droite évolue sur ce plan depuis que les ressortissants UE ont eu la possibilité de participer aux élections européennes en Belgique en 1994. Aucun parti politique n'a pourtant jusqu'ici manifesté publiquement son ouverture à des militants de nationalité ou d'origine étrangère, bien que des appels en ce sens aient été lancés par exemple à la direction de leur parti par les Femmes CVP en 1998.

Dès les années soixante-dix, quelques militants syndicaux allochtones ont rejoint le Parti socialiste et dans une moindre mesure le Parti social-chrétien, suivant leur affiliation syndicale.

D'autres, notamment des Turcs et des Kurdes, mirent sur pied des groupements d'extrême-gauche de diverses obédiences et certains se lièrent au Parti Communiste Belge, mais la plupart des Turcs et des Kurdes engagés politiquement le sont dans des associations liés à des partis de leur pays d’origine (Milli Görüsh/Refah/Fazilet, Loups Gris/MHP, ERNK/PKK). Actuellement, il y a encore très peu de Turcs, naturalisés ou non, dans les partis belges: à Saint-Josse, où ils représentent pourtant plus de 20% de la population (et 5% des électeurs en 1995), il y en avait en 1998 moins de cinq sur trois cents membres du Parti socialiste, et aucun à Ecolo ni au FDF.

Depuis l'élection médiatisée de conseillers communaux PS d'origine maghrébine en 1994, de nombreux Maghrébins ont rejoint le PS (notamment à Schaerbeek, à Bruxelles-Ville, à Saint-Josse et à Molenbeek), par conviction ou ambition politique, mais aussi, marque d’intégration au système clientéliste en place, par intérêt économique (emplois communaux ou para-communaux) ou social (logements sociaux).

Il n’y a pas encore eu en Belgique de campagne spécifique, comme cela s'était fait aux Pays-Bas dans la perspective des communales "étrangers admis" de 1986 où le PvdA avait diffusé dans ses sections un volumineux manuel intitulé "Toegangelijker maken van de PvdA voor migranten" [rendre le PvdA plus ouvert aux immigrés"].

Ecolo comptait en 1995 environ 2.500 membres, dont environ 400 en région bruxelloise. Parmi ces membres, très peu étaient issus des communautés issues de l'immigration, tant "européenne" que "non européenne". L'enquête au sein de ce parti réalisée en 1995 (Delwit & De Waele 1996: 199-201) a fait ressortir que seuls 2 % des membres n'étaient pas belges, mais que ceux dont le père est étranger constituaient 8 % du total (des répondants à l'enquête, soit 1459 personnes pour 2.400 questionnaires envoyés). La principale catégorie de membres allochtones était de nationalité française, ou de père français, même dans la régionale de Bruxelles.

Comme l'ont souligné les auteurs de cette enquête, cette sous-représentation est probablement due, pour les Maghrébins, "par une implication politique faible de cette immigration" et par le fait que "les critères qui caractérisent sociologiquement la grande majorité des membres d'Ecolo correspondent peu aux groupes sociaux auxquels appartiennent la majorité des membres de l'immigration maghrébine ou issue de celle-ci". Cette analyse se vérifie d’ailleurs tout particulièrement à Saint-Josse, commune la plus pauvre de Belgique (par les revenus de ses habitants) qui compte la plus forte proportion de Turcs et de Maghrébins du pays, et où le groupe Ecolo n’a jamais compté plus de dix membres.

La récente enquête menée par des chercheurs néerlandophones auprès d'un échantillon bruxellois de Marocains, de Turcs et d'autochtones de niveau socio-éducatif comparable ("laagopgeleide autochtonen") confirme le faible taux d'affiliation à un parti politique des étrangers marocains (3 %) et turcs (2%), alors que ce taux s'élève à 8 % parmi les autochtones (Swyngedouw et al. 1999: 160).

Une autre étude menée en Suède en 1996 a également montré que "seuls 6% des étrangers sont membres d'un parti politique, contre 12% des Suédois", alors que les étrangers y ont le droit de vote municipal depuis vingt ans (Amin 1996).

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